Lundi matin, en réunion d'équipe, chacun confirme qu'il pourra tenir ses échéances. Mercredi, le développeur principal annonce qu'il ne livrera pas : il travaille sur deux projets dont les responsables ignoraient qu'ils comptaient sur lui la même semaine. Personne n'a mal fait son travail. Simplement, personne n'avait la vue d'ensemble.
Le plan de charge sert à obtenir cette vue avant que les retards n'apparaissent. Bien construit, il dit en un coup d'œil qui peut absorber une nouvelle demande et qui est déjà au maximum. Vous trouverez ici la façon de calculer le taux de charge, une méthode pour faire un plan de charge, un exemple d'équipe et un modèle prêt à l'emploi.
Repérez les surcharges, réaffectez le travail et tenez vos échéances sans épuiser vos équipes, avec la vue Charge de travail d'Asana.
Le plan de charge est un outil de pilotage qui met en regard la charge de travail prévue et les ressources disponibles, personne par personne et période par période. On parle aussi de planning de charge, de plan de charge de travail ou, plus rarement, de plan de charges. Il s'exprime en heures, en jours-homme ou en pourcentage de la capacité de chacun.
En gestion de projet, il répond à trois questions que les chefs de projet et les managers se posent chaque semaine.
Qui est disponible ? Le plan montre la marge restante de chaque personne avant d'accepter une nouvelle demande.
Qui est en surcharge ? Il signale les personnes engagées au-delà de leur temps disponible, souvent sur plusieurs projets à la fois.
Quels projets se disputent les mêmes personnes ? Il rend visibles les conflits entre projets avant qu'ils ne se traduisent en retards.
Le plan de charge s'utilise dans toutes les organisations qui vendent ou produisent du temps de travail : sociétés de services, agences, équipes informatiques, marketing ou PMO. Le BTP et l'industrie l'emploient aussi, pour les chantiers et les ateliers, avec des unités propres à leur métier. Cet article se concentre sur le plan de charge d'une équipe, appelé plan de charge projet lorsqu'il ne couvre qu'un seul projet.
Plusieurs outils de planification voisins sont souvent confondus. Ils répondent pourtant à des questions différentes.
Outil | Question à laquelle il répond | Horizon |
|---|---|---|
Planning de projet | Quelles tâches, dans quel ordre et à quelles dates ? | Durée du projet |
Plan de charge | Chaque personne a-t-elle le temps de faire ce qui lui est demandé ? | Quelques semaines à un trimestre |
De combien de personnes et de compétences aurons-nous besoin ? | Un trimestre à un an | |
Qui affecter à quelle tâche ? | Au fil des demandes |
Le planning de projet, souvent présenté en diagramme de Gantt, dit quand le travail doit être fait. Le plan de charge vérifie que les personnes concernées ont le temps de le faire. Les deux se complètent : un planning tenable suppose un plan de charge équilibré.
Le taux de charge est l'indicateur central du plan de charge. Il se calcule pour chaque personne et pour chaque période.
Taux de charge = charge prévue / capacité disponible × 100
La charge prévue correspond au temps nécessaire pour réaliser le travail confié à la personne sur la période. La capacité disponible correspond au temps dont elle dispose réellement pour ce travail, une fois retirés les absences et les temps déjà engagés ailleurs.
La capacité disponible n'est jamais égale au temps de travail contractuel. Partez des heures prévues au contrat, puis retirez :
les congés, les jours fériés et les formations de la période ;
les réunions récurrentes et le reporting ;
les activités hors projet : support, maintenance, astreintes, tâches administratives ;
le temps partiel éventuel.
Prenons une personne à 35 heures par semaine, sur deux semaines. Elle dispose de 70 heures contractuelles. Avec un jour de congé (7 heures) et 3 heures de réunions récurrentes par semaine (6 heures), sa capacité disponible pour les projets est de 70 - 7 - 6 = 57 heures. Si 45 heures de travail lui sont confiées, son taux de charge est de 45 / 57 × 100 = 79 %.
Le taux de charge se lit à l'aide de seuils que chaque équipe fixe selon son activité. La grille ci-dessous sert de point de départ.
Taux de charge | Lecture | Action |
|---|---|---|
Moins de 70 % | Marge disponible | La personne peut absorber une nouvelle demande ou aider un collègue. |
De 70 à 85 % | Charge soutenable | Le plan laisse de la place aux imprévus et aux demandes courtes. |
De 85 à 100 % | Charge tendue | Tout aléa provoque un retard : à surveiller chaque semaine. |
Plus de 100 % | Surcharge | Le travail prévu ne tient pas dans le temps disponible : un arbitrage est nécessaire. |
Viser 100 % pour tout le monde est une erreur fréquente. Une équipe planifiée sans marge n'a plus de temps pour les imprévus, les questions des collègues ou la résolution de problèmes. La gestion du temps de chacun devient une suite d'urgences, et chaque retard se propage aux projets suivants.
Un plan de charge n'est fiable que si les données qui l'alimentent le sont. Avant de construire le tableau, rassemblez les informations suivantes.
Donnée | Ce qu'il faut connaître | Qui la fournit |
|---|---|---|
Projets et échéances | Liste des projets en cours et à venir, jalons, priorités. | Chefs de projet, PMO |
Estimations de charge | Temps nécessaire par tâche ou par lot de travail, réparti dans le temps. | Chefs de projet et personnes concernées |
Ressources disponibles | Personnes de l'équipe, rôle, compétences, temps de travail contractuel. | Managers, ressources humaines |
Absences | Congés posés, jours fériés, formations, temps partiel. | Ressources humaines, collaborateurs |
Activités récurrentes | Réunions, support, maintenance, astreintes, reporting. | Managers |
Niveau de certitude | Travail confirmé, probable ou encore à arbitrer. | Commanditaires, direction |
Centralisez ces données dans une base de données unique, mise à jour par les mêmes personnes à chaque cycle. Un plan de charge alimenté par des estimations envoyées par e-mail devient faux dès la première semaine.
La méthode suivante s'applique aussi bien à une équipe de cinq personnes qu'à un portefeuille de projets suivi par un PMO.
Choisissez les personnes et les projets couverts, puis la période et l'unité de temps. Pour une équipe projet, un horizon de quatre à douze semaines, découpé en semaines, offre un bon équilibre entre visibilité et effort de mise à jour.
Recensez tout le travail prévu sur la période, projets et activités récurrentes compris. Pour chaque ligne, indiquez si le travail est confirmé, probable ou encore à arbitrer. Ce statut permet de savoir ce qui peut être décalé en premier.
Répartissez chaque estimation dans le temps plutôt que de l'inscrire en un bloc. Un lot de 40 heures étalé sur quatre semaines ne pèse pas comme 40 heures concentrées sur une seule. Faites valider les estimations par les personnes qui réaliseront le travail.
Appliquez le calcul présenté plus haut à chaque personne : heures contractuelles, moins les absences et les activités hors projet. Notez les compétences de chacun, car deux personnes disponibles ne sont pas forcément interchangeables.
Calculez le taux de charge de chaque personne pour chaque période. Repérez les surcharges, les personnes sous-utilisées et les compétences rares sollicitées par plusieurs projets : ce sont les goulots d'étranglement de l'équipe. Regardez toujours le détail par personne, jamais la seule moyenne de l'équipe.
Face à une surcharge, plusieurs leviers sont possibles.
Décaler une tâche dont l'échéance le permet.
Confier une partie du travail à une personne qui a la compétence et de la marge.
Réduire le périmètre d'un livrable, en accord avec le commanditaire.
Renégocier une date avant qu'elle ne soit dépassée.
Ces arbitrages relèvent de la gestion des priorités entre projets : faites-les trancher par la personne qui en a l'autorité, puis publiez la nouvelle version du plan à un endroit unique, consultable par toute l'équipe.
Prenons une équipe informatique de quatre personnes qui mène deux projets en parallèle : un portail client et une migration de CRM. Le plan couvre deux semaines. Les personnes et les chiffres sont fictifs.
Personne | Rôle | Heures au contrat | Absences | Activités récurrentes | Capacité disponible |
|---|---|---|---|---|---|
Inès | Cheffe de projet | 70 h | 0 h | 14 h | 56 h |
Hugo | Développeur | 70 h | 14 h | 7 h | 49 h |
Sarah | Analyste métier (temps partiel) | 56 h | 0 h | 6 h | 50 h |
Malik | Testeur | 70 h | 0 h | 4 h | 66 h |
Hugo est en congé deux jours et assure 7 heures de support. Sarah travaille à 80 %. Les réunions de pilotage pèsent surtout sur Inès.
Personne | Portail client | Migration CRM | Charge totale | Capacité | Taux de charge |
|---|---|---|---|---|---|
Inès | 30 h | 20 h | 50 h | 56 h | 89 % |
Hugo | 36 h | 22 h | 58 h | 49 h | 118 % |
Sarah | 24 h | 16 h | 40 h | 50 h | 80 % |
Malik | 20 h | 10 h | 30 h | 66 h | 45 % |
Équipe | 110 h | 68 h | 178 h | 221 h | 81 % |
Le taux moyen de l'équipe, 81%, semble confortable. Il masque pourtant une surcharge de 9 heures pour Hugo, seul développeur, et une forte marge pour Malik. Raisonner sur la moyenne aurait laissé passer le problème.
La migration du CRM a une échéance dans quatre semaines, le portail client dans dix jours. L'équipe décide de reporter 10 heures de développement de la migration à la période suivante : la charge de Hugo passe à 48 heures, soit 98 % de sa capacité. Malik utilise sa marge pour préparer dès maintenant les scénarios de test de la migration (12 heures), ce qui fait passer son taux à 64 % et accélérera la recette. Hugo reste à un niveau tendu : aucune nouvelle demande ne lui sera confiée avant la fin du portail.
Les deux tableaux ci-dessous reprennent la structure de l'exemple. Copiez-les dans Excel ou dans Google Sheets, ajoutez une colonne par projet et par période, puis remplacez le texte entre crochets.
Personne | Rôle et compétences | Heures au contrat | Absences | Activités récurrentes | Capacité disponible |
|---|---|---|---|---|---|
[Nom] | [rôle] | [heures] | [heures] | [heures] | [contrat - absences - récurrent] |
[Nom] | [rôle] | [heures] | [heures] | [heures] | [calcul] |
Personne | Projet A (h) | Projet B (h) | Charge totale | Capacité | Taux de charge | Décision |
|---|---|---|---|---|---|---|
[Nom] | [heures] | [heures] | [somme] | [Tableau 1] | [charge / capacité] | [action] |
[Nom] | [heures] | [heures] | [somme] | [Tableau 1] | [calcul] | [action] |
Ajoutez une mise en forme conditionnelle sur la colonne du taux de charge (au-delà de 85 %, puis au-delà de 100 %) pour visualiser le plan de charge d'un coup d'œil. Datez chaque version et conservez la précédente pour comparer le prévu et le réalisé.
Le tableur suffit tant que l'équipe est petite et que le plan est tenu par une seule personne. La gestion du plan de charge devient plus difficile dès que plusieurs managers modifient les mêmes données.
Outil | Points forts | Limites |
|---|---|---|
Tableur (Excel, Google Sheets) | Gratuit, souple, rapide à mettre en place. | Mises à jour manuelles, versions multiples, aucun lien avec les tâches réelles. |
Outil de gestion de projet avec vue de charge | La charge se calcule à partir des tâches assignées et se met à jour quand elles changent. | Suppose que les tâches et leurs estimations soient saisies dans l'outil. |
Logiciel de planification des ressources | Gestion fine des compétences, des taux journaliers et du staffing sur de nombreux projets. | Plus lourd à déployer, souvent réservé aux sociétés de services de grande taille. |
Le bon outil de plan de charge est celui qui permet de visualiser le plan de charge à partir du travail réel, sans double saisie. Une bonne gestion de vos ressources commence par une source d'information unique.
Planifier tout le monde à 100 %. Sans marge, le moindre imprévu crée un retard.
Oublier le travail invisible. Réunions, support et reporting consomment une part importante du temps et doivent figurer dans le calcul de la capacité.
Raisonner sur la moyenne de l'équipe. Une moyenne satisfaisante peut cacher une personne en surcharge.
Ignorer les compétences. Une heure disponible chez un testeur ne compense pas une heure manquante chez un développeur.
Ne jamais mettre le plan à jour. Un plan figé décrit la situation d'il y a un mois, pas celle d'aujourd'hui.
Utiliser le plan pour contrôler les individus. Le plan de charge sert à répartir le travail. S'il devient un outil de surveillance, les estimations cessent d'être sincères.
Une surcharge durable a des effets connus : baisse de qualité, retards en chaîne et départs. Le plan de charge est l'un des moyens les plus simples de gérer la charge de travail de son équipe avant d'en arriver là.
Dans Asana, le plan de charge ne se construit pas à côté du travail : il se calcule à partir des tâches assignées à chacun.
Vue Charge de travail. La Charge de travail affiche l'effort prévu par personne et par période, comparé à la capacité définie pour chacun. Les surcharges sont signalées dès qu'elles apparaissent.
Réaffectation directe. Une tâche se déplace d'une personne à une autre, ou d'une semaine à la suivante, directement depuis la vue. Le plan et le projet restent synchronisés.
Portefeuilles. Les responsables de PMO suivent la charge de plusieurs projets et de plusieurs équipes au même endroit, ce qui facilite l'utilisation des ressources partagées.
Formulaires de demande. Les nouvelles demandes arrivent par un formulaire unique, avec une estimation, avant d'être acceptées dans le plan.
Pour aller plus loin, l'IA d'Asana aide à anticiper les surcharges et à proposer des réaffectations : le sujet est détaillé dans notre article sur la gestion de la capacité d'équipe avec l'IA.
L'équipe des opérations créatives de Spotify assure la production des campagnes publicitaires vendues aux annonceurs. Chaque demande d'un responsable de compte arrive par un formulaire Asana, devient une tâche, puis est attribuée à un chef de projet interne ou à une agence partenaire. Les tableaux de bord montrent en temps réel l'avancement des campagnes, ainsi que les collègues et les agences qui ont la capacité d'aider quand une campagne prend du retard.
D'après l'étude de cas Spotify, l'équipe gère 50 % de campagnes en plus, et chaque chef de projet en pilote deux fois plus par mois. « Asana joue le rôle d'une tour de contrôle. Nous avons la visibilité nécessaire pour augmenter la production et prendre en charge un plus grand nombre de campagnes publicitaires afin de soutenir nos objectifs de revenus », explique Eugenia Contreras, manager associée.
Voici les réponses à trois questions fréquentes sur le plan de charge.
Le tableau de charge est la forme la plus courante du plan de charge : une ligne par personne, une colonne par période, et dans chaque case les heures prévues ou le taux de charge. Il se construit le plus souvent dans un tableur ou dans la vue de charge d'un outil de gestion de projet.
Chaque semaine pour une équipe projet, à date fixe, par exemple avant la réunion d'équipe du lundi. Une revue mensuelle suffit pour le niveau portefeuille. Mettez-le aussi à jour dès qu'un événement modifie fortement la charge : nouveau projet, départ, absence longue ou changement d'échéance.
Un jour-homme correspond à une journée de travail d'une personne. Pour obtenir des ETP (équivalents temps plein), divisez la charge en jours-homme par le nombre de jours ouvrés de la période. Par exemple, 30 jours-homme sur un mois de 20 jours ouvrés représentent 1,5 ETP.
Un plan de charge utile tient en une formule : la charge prévue divisée par la capacité réellement disponible. Sa valeur vient de la sincérité des estimations, de la prise en compte du travail invisible et d'une lecture personne par personne, jamais en moyenne.
Commencez simple, une équipe, deux projets, quatre semaines et les deux tableaux du modèle. Mettez-le à jour chaque semaine, servez-vous des écarts pour arbitrer, puis passez à un outil connecté au travail réel lorsque le tableur ne suit plus.
La vue Charge de travail d'Asana compare le travail assigné à la capacité de chacun et vous permet de réaffecter une tâche en quelques clics.